Yella

" (...)"Yella" est lui tout entier consacré à l'argent. Le film emprunte son titre au nom du personnage principal, une jeune femme d'Allemagne de l'Est à laquelle Nina Hoss prête encore une fois sa beauté un peu farouche. Yella part vers l'Ouest, où l'attend un emploi rémunérateur. En chemin,  elle est victime d'un accident de voiture dont elle échappe inexplicablement. Elle émerge de l'Elbe (qui sépare l'Est de l'Ouest) sans passé et renonce à tous les codes sociaux. Le film, qui avait commencé dans la même lumière estivale que "Jerichow" plonge alors dans une ambiance bleutée, froide, crépusculaire.
Voyant son emploi lui échapper, Yella se met au service d'un jeune homme qui escroque les entreprises sous couvert de services financiers. Les implications du scénario portent bientôt le spectateur du côté du fantastique. Yella n'est plus tout à fait sûre d'appartenir au monde des vivants. En franchissant l'Elbe, en quittant les Länder du socialisme failli pour ceux du capitalisme triomphant, elle a mis son être à l'épreuve de l'argent-roi. Une fois encore, Christian Petzold éclaire son pays d'une lumière noire, qui en révèle l'âme, à moins que celle-ci ne soit définitivement perdue."
Thomas Sotinel


"Petzold veille à placer ses thématiques tordues dans un cadre à ciel ouvert, printanier et trompeur. Chez lui, l'eau ne renvoie pas au principe de vie, mais enveloppe les protagonistes dans un linceul, quand la voiture, en association avec "Wolfsburg" (2003), devient une machine de mort de nature industrielle. Il faut à ce titre saluer le placement de produit le plus pervers de l'histoire du cinéma : un dramatique accident de la route permet l'apparition d'une boite de soda, qui flotte à la surface lorsque le véhicule sombre inexorablement dans la rivière où il s'est abimé. Le film est aussi parcouru par "Road to Cairo", une chanson du folksinger américain David Ackles reprise ici par Julie Driscol, qui décrit l'impossible retour d'une âme errante dans sa petite ville natale, en écho à l'histoire de Yella et à "Gespenster" (2005), le film précédent de Christian Petzold. Aux côté de la spectrale demoiselle, (dés)incarnée par Nina Hoss, Devid Striesow est formidable de magnétisme.

arte.de  critique France de Julien Welter


 " (...) Yella paraît fantomatique et insaisissable. A la fin du film, le spectateur comprend pourquoi. On découvre à quel point le film est minutieusement élaboré : chaque détail a son importance, rien n'est laissé au hasard. Un jour, par exemple, Yella s'arrête devant une maison et observe un père de famille qui est accueilli tendrement par sa femme et sa fille. C'est le bonheur simple dont Yella aurait révé. Mais il semble qu'un autre destin lui soit réservé. Pour éviter les clichés, Petzold a accentué les couleurs : Nina a les cheveux teints en brun, et certaines couleurs, comme celle des pelouses, sont délibérément criardes. Cela aussi peut paraître effrayant. Vous en jugerez par vous-même..."

arte.de  critique Allemagne de Nana A.T. Rebhan

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"Yella"

Réalisateur : Christian Petzold