Le scénario d’Andreas Dresen serait assez banal si Inge n’avait pas une bonne
soixantaine d’années et Karl une quinzaine de plus. Après avoir filmé les amours
pas très glamour mais terriblement réalistes de deux jeunes berlinoises dans
, le réalisateur allemand se penche sur ceux d’une
femme qui n’attendait plus grand chose de la vie. Sa mise en scène s’intéresse
de près aux personnages, auxquels l’interprétation très juste des comédiens
apporte profondeur et humanité. Leurs relations physiques et sentimentales sont
montrées avec pudeur, sans être enjolivées, et sans que le film ne tombe dans le
mélodrame facile. Le sujet est âpre et pourtant
se
révèle finalement chaleureux, tant les personnages nous semblent proches. Comme
dans ses précédents longs métrages, Andreas Dresen dresse aussi, en arrière
plan, un pertinent portrait social de l’ex-Allemagne de l’Est.
Fiches du cinéma Anne Berjon
Dès les premières minutes, les corps vieillis
d’Inge et de son amant se découvrent, s’enlacent, jusqu’à l’orgasme.
Andreas Dresen filme la scène sans pudeur, crûment. Rien ne nous est épargné,
pas même les masturbations matinales d’Inge dans sa baignoire. A 70 ans, l’amour est aussi charnel, Andreas
Dresen le montre sans détour.
Mais ce que le réalisateur cherche à dévoiler, c’est
surtout la vie quotidienne de ces personnes âgées, dans leur petit appartement
modeste le long d’une voie ferrée. Une vie simple, remplie de silences, et de
petites manies touchantes.
Ni musique, ni effets de caméra, Wolke
9 ne cherche pas à magnifier la réalité. Avec pudeur, il dépeint la
solitude de personnes âgées, qui n’ont plus que leur conjoint ou
leurs petits enfants pour meubler des semaines réglées comme du papier à
musique.
En mettant en scène l’adultère d’une sexagénaire, Andreas Dresen nous
force à nous interroger sur l’interdépendance des personnes âgées, et leur
liberté d’aimer.
Lent, répétitif et hyper intimiste, Wolke 9 ne cherche pas à séduire
le spectateur. Si certains pourront être choqués par quelques scènes crues, il
s’en dégage finalement beaucoup de tendresse.
Le Monde.fr Chine Labbé et Solenn Poullennec
« Wolke 9 » nous montre ce que nous pourrions savoir depuis longtemps si nous
nous y intéressions plus, à savoir que la pression de l'amour et notre
dépendance vis-à-vis de nos sentiments ne cessent pas juste parce que l'on
vieillit. Et il en va de même pour le désir. Ce qui change, en revanche, c'est
la portée d'une rupture lorsqu'on a vécu si longtemps ensemble. Ce drame
amoureux oscille ainsi entre la conviction que l'amour et la souffrance sont
indissociables et la certitude que notre fin est inéluctable. Dresen nous montre
comment l'amour frais et naïf de sa protagoniste finit par induire des choix
tragiques. Et il faut reconnaître que Inge ne se facilite pas la tâche: avec
tendresse et affection, elle compare les mérites respectifs de chacun des deux
hommes et défend les manies et les hobbies de chacun des deux. Finalement, en
ayant pleinement conscience de la portée de sa décision, elle quitte son mari
pour recommencer sa vie.
Arte.fr Martin Rosefeldt
"Andreas Dresen montre Inge et Karl, sans les livrer entièrement
au spectateur mais en leur accordant une dignité naturelle -
l'art est justement une question de respect. Si le cinéma est un
lieu où l'on part à la découverte du monde, alors
Andreas Dresen y contribue pour beaucoup...
Pour Werner (le mari d'Inge ndlr)
le bonheur d'Inge c'est aussi sa fin : il se suicide. Certes, à
tout âge de la vie, un coeur brisé peut s'arrêter de
vivre, mais à cet âge là, les chances de retrouver
quelqu'un sont quand même plus faibles qu'à 20 ou 30 ans.
Plus on vieillit, plus on tient à l'intimité, à la
sécurité et à l'amitié. La aussi, Andreas
Dresen brise un tabou."
Berliner Zeitung Anke Westphal