
"A l'inverse, Robert Thalheim dépeint dans "Netto" avec une incroyable économie de moyens l'Allemagne d'aujourd'hui et cette blessure entre les deux anciens blocs Est-Ouest qui n'a pas encore cicatrisée. La relation entre Marcel, paumé depuis la chute du mur et son fils de quinze ans, Sebastian, enfant débrouillard de la culture capitaliste et de l'internet, symbolise parfaitement ce lien indéfectible mais pourtant torturé entre ces deux anciens "clans" meurtris. Malgré quelques lourdeurs de scénario et un aspect presque documentaire, Netto regorge d'émotion et de générosité. L'image "pourrie" du film fait presque penser à de la mauvaise vidéo mais elle est remarquablement en accord avec les bâtiments à rénover couverts de graffitis de Prenzlauerberg. Milan Peschel donne sa dégaine de chien des rues, un peu battu, un peu canaille et définitivement looser à Marcel. Fan absolu de Peter Tschernig, le "Johnny Cash de Berlin-Est", Marcel est un père à la gomme, fasciné par les gardes du corps à travers les âges mais incapable de mener son propre corps, sa propre vie. C'est un père dépassé, guidé par son fils trop jeune vers une vie un peu meilleure, un Marcel qui redonne foi en l'humanité avec presque rien."
Père et fils. L’existence d’un vrai cinéma berlinois, différent de ce qu’on appelle à tort école berlinoise, se confirme. Tout ira bien, comme les Enragés ou Lucy, est un film social, une plongée sans fioritures dans le tissu urbain, qui traduit une disparité chronique liée à la réunification du pays. Marcel fait partie de ces losers quadragénaires qui traînent dans les snack-bars entre chômage et petits boulots. L’arrivée de son fils de quinze ans, qui vit avec sa mère, est un bouleversement…
L'Humanité
La réalité est dure et amère, mais tempérée par un humour jovial, bercée par la musique country de Peter Tschernig et incarnée par des personnages bourrés de défauts, mais qui cherchent à réaliser leurs rêves avec une énergie touchante. Tourné en caméra D.V., dans des conditions économiques d'un film de fin d'études et laissant une place importante à la fraîcheur de l'improvisation, cette première réalisation de Robert Thalheim a le charme du direct et de l'instantané.
Réalisateur : Robert Thalheim