
Interview de Christian Petzold:
"Les
cachettes jouent dans votre film un rôle important, Thomas et Laura
cachent de l'argent, et même Ali cache quelque chose , sa maladie."
"Ces
cachettes, ce sont des cachettes d'enfants. Thomas cache l'argent dans
la maison dans laquelle il a vécu avec sa mère à l'âge de sept ans,
ce
que l'on voit sur la photo. Laura aussi cache l'argent qu'elle
soustrait à Ali à un endroit où des enfants cachent leurs affaires.
C'était
important pour moi que cette régression dont tous les personnages font
preuve soit présente du début à la fin du film. De même que la relation
amoureuse entre Thomas et Laura ressemble à celle qu'ont des
jeunes de 17 ans qui
s'échangent un baiser à la va vite dans l'entrepôt frigorifique.
Il faut que l'on sente
ça, ils
ont perdu une vie et
ils essaie maintenant encore une fois. Ils pensent qu'ils auront une
nouvelle chance. D'où l'importance des cachettes, des cachettes
d'argent. Je
cache à l'endroit même où enfant je cachais déjà mes affaires, car
je veux redémarrer une nouvelle vie et cette fois je ferai un sans
faute."
"Dans la scène où ils dansent sur
la plage,
des
forces s'opposent, la présence dominante d'Ali, sa gentillesse et à la
fois son incertitude vis à vis de sa propre relation amoureuse..."
"Lors
d'un tournage, il y a souvent des scènes ou des jours dont tout le
monde a peur. Celle du couloir par exemple, ou celle du pique-nique.
Deux jours avant, nous nous sommes réunis toute une soirée dans ma
chambre d'hôtel et nous avons encore répété la scène, avec la musique.
Et Hilmi Sözer (Ali) a bien compris que cette musique, ces célèbres
chansons turques, sont vraiment la musique d'Ali. Que la musique et la
mer peuvent créer une relation directe avec le pays natal, avec les
origines. Et là, les deux Allemands font de lui un Grec, et Laura de
rire de la plaisanterie. A ce moment-là, il s'agit d'une insulte. En
fait, ils détruisent une identité d'Ali, son identification au pays
natal,
cette nostalgie naissante du pays natal qu'il est entrain de
reconstruire. Et ce sentiment est même plus fort que sa jalousie, il
est si intense qu'il voudrait les intégrer à ce puissant courant
nostalgique. Il ne remarque pas que par la-même il provoque sa propre
tragédie."
pfiffl-medien.de
"Est-elle folle? Malade? Ou bien
vit-elle un rève?
Yella
(Nina Hoss, Ours d'argent
de la Meilleure actrice,
Berlin 2007), fleur gracile en talons hauts , a l'air préoccupée, sur le
qui-vive. Elle parle à peine, souffre d'acouphènes - des bruits d'eau et d'oiseaux.
Comptable spécialisée dans les bilans, elle quitte sa petite ville
d'Allemagne de
l'Est et un mari qui la harcèle pour rejoindre Hanovre, en quête d'un
travail. Elle y rencontre un affairiste aussi séduisant qu'ambigu, qui
la recrute pour l'assister dans d'âpres négociations avec des
financiers.
L'action est ponctuée de
faits bizarres - on ne comprend qu'à la fin ce qui se trame - et se
déroule dans
des lieux déserts, modernes et deshumanisés. on dirait un tableau de
l'horreur économique contemporaine. Un monde précaire et sans repères
fixes, où tout se monnaie de façon frauduleuse, où le moindre rapport
social peut être un danger. Christian Petzold, remarqué avec "Contrôle d'identité"
(2002), sait assurément créer un climat inquiétant, fantomatique. Il
s'y complaît un peu trop. Qu'importe, on est assez captivé, attaché
surtout à cette Yella, la dernière des femmes avant l'anéantissement."
Télérama - Jacques Morice
"Jerichow"
Réalisateur : Christian Petzold