Angst_essen_Seelen_auf

"Traitant du racisme à travers l'histoire d'un couple formé par une vieile femme de 60 ans, qui fait des ménages, et un travailleur marocain d'une quarantaine d'années, émigré en Allemagne, Tous les autres s'appellent Ali pourrait évidemment passer pour un film "social à résonances humaines" comme on dit dans la presse bien pensante avant d'enterrer un oeuvre sous les éloges moraux! L'humanitarisme universel et les bons sentiments ne suffisant pas pour faire une oeuvre d'art, c'est avant tout pour le traitement du sujet qu'il faut admirer et louer Fassbinder. (...) Comment ne pas évoquer les plus grands, de Griffith à Sternberg, encore que Fassbinder, avec une économie de moyens dramatiques exemplaires (qui faisait écrire à un crtique allemand : "Fassbinder offre une brillante démonstration du minimum d'ingrédients utilisés pour le maximum d'effets") soit plutôt un mélodramatique sec, un romantique glacé. Et qu'il faut savoir lire entre les images, et percer sous sa carapace."
Ecran 74 (27)  Guy Braucourt

"Avec un regard d'entomologiste et une sensibilité accrue, Fassbinder décrit dans ce film, réalisé en 1973, l'ensemble des préjugés racistes et sociaux de l'Allemagne des années 70 à l'encontre de la population arabe. 
Le mariage d'une femme germanique avec un marocain reste perçu comme un transgression insupportable. Les mentalités n'étaient pas prêtes à la mixité. L'Arabe est présenté dans tous ses clichés les plus odieux. Le récit filmique débute par un coup de foudre entre un homme de couleur et une femme blanche qui, aux yeux de la société, n'auraient jamais dû se rencontrer.
Tous les autres s'appellent Ali représente un manifeste contre le discrimination raciale et sociale. L'étranger et le milieu social sont les fers de lance d'un nouveau cinéma allemand qui dépeint la société dans toute son intolérance. Fassbinder, à l'image d'un nouveau Balzac, exalte "le droit du plus fort" dans lequel l'ouvrier, l'homosexuel et l'Arabe subiront les pressions d'un système bien pensant qui n'accepte pas la différence."
Université de Limoges  Gilles Visy

"(...) Il y a quelques plans de solitude qui font crier de désespoir, comme ce cadrage sur Ali, seul dans une chambre de blonde facile (superbe personnage aux grands cernes, femme fatiguée de la vie), les mains entre les genoux, la tête basse, pris entre deux murs sombres. Fassbinder fait doucement et mathématiquement bouger sa caméra pour filmer deux êtres qui se rapprochent pour mieux s'éloigner, ou bien il montre serré les mêmes deux êtres qui se jettent des regards gênés dans un silence glacial. Tous les autres s'appellent Ali devient alors un magnifique portrait acide de "la vie à deux", et un constat tragique : l'égalité et la fraternité, l'amour et l'ouverture d'esprit, tout ça n'existe pas dans le cadre du monde tel qu'il est. Brrrr."
Shangols
(Site franco-chinois de cinéma pointu et nécessaire)

"Quand Rainer Werner Fassbinder s'attaque au problème de l'immigration, il s'attache avant tout à montrer le manque de considération accordée aux immigrés. Le personnage principal, immigré marocain, souffre parce que les autres le considèrent comme une machine, un sexe ou un trophée, jamais comme un homme. De façon symptomatique, personne ne prend la peine d'apprendre son prénom, trop long, trop compliqué. Il doit se contenter d'Ali, nom de passe donné à tous les Arabes. Dans l'Allemagne des années 70, chacun aspire à accéder à un confort bourgeois. Le quotidien d'immigrés, fuyant la pauvreté de leur pays pour accomplir les tâches manuelles délaissées par les Allemands, dérange d'autant plus que ces nouveaux arrivants ont le mauvais goût d'avoir des us et coutumes éloignées de celles du vieux continent. Pourtant, il ne s'agit pas seulement dans ce film de dénoncer le racisme ordinaire des petites gens pétris de préjugés ou le rejet de la sexualité des femmes âgées mais bien plutôt de montrer comment un homme loin des siens, de son milieu, s'étiole à force d'hostilité ou d'indifférence. La solitude et l'angoisse de ne pas trouver sa place - thèmes récurrents dans l'oeuvre de Fassbinder - sont ici abordées de biais. Ali a des amis. De jeunes femmes trouvent de l'attrait à son charme exotique. Il a un travail, il parvient même à bien gagner sa vie. Il se marie. Cependant le malaise persiste. Il reste l'étranger."
Fluctuat.net

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"Tous les autres s'appellent Ali" - "Angst essen Seelen auf"

Réalisateur : Rainer Werner Fassbinder