"Avec un regard d'entomologiste et
une sensibilité accrue, Fassbinder décrit dans ce film,
réalisé en 1973, l'ensemble des préjugés
racistes et sociaux de l'Allemagne des années 70 à
l'encontre de la population arabe.
Le mariage d'une femme germanique avec un marocain reste perçu
comme un transgression insupportable. Les mentalités
n'étaient pas prêtes à la mixité. L'Arabe
est présenté dans tous ses clichés les plus
odieux. Le récit filmique débute par un coup de foudre
entre un homme de couleur et une femme blanche qui, aux yeux de la
société, n'auraient jamais dû se rencontrer.
Tous les autres s'appellent Ali
représente un manifeste contre le discrimination raciale et
sociale. L'étranger et le milieu social sont les fers de lance
d'un nouveau cinéma allemand qui dépeint la
société dans toute son intolérance. Fassbinder,
à l'image d'un nouveau Balzac, exalte "le droit du plus fort"
dans lequel l'ouvrier, l'homosexuel et l'Arabe subiront les pressions
d'un système bien pensant qui n'accepte pas la
différence."
Université de Limoges Gilles Visy
"(...) Il y a quelques plans de
solitude qui font crier de désespoir, comme ce cadrage sur Ali,
seul dans une chambre de blonde facile (superbe personnage aux grands
cernes, femme fatiguée de la vie), les mains entre les genoux,
la tête basse, pris entre deux murs sombres. Fassbinder fait
doucement et mathématiquement bouger sa caméra pour
filmer deux êtres qui se rapprochent pour mieux
s'éloigner, ou bien il montre serré les mêmes deux
êtres qui se jettent des regards gênés dans un
silence glacial.
Tous les autres s'appellent Ali devient
alors un magnifique portrait acide de "la vie à deux", et un
constat tragique : l'égalité et la fraternité,
l'amour et l'ouverture d'esprit, tout ça n'existe pas dans le
cadre du monde tel qu'il est. Brrrr."
Shangols
(Site franco-chinois de cinéma pointu et nécessaire)