Aguirre  

"Aguirre, der Zorn Gottes" - "Aguirre, la colère de Dieu"

Réalisateur : Werner Herzog
"Sixième long métrage de Herzog, et peut-être le plus connu, c'est le film dans lequel le réalisateur a mis tout son art. Les moyens sont hollywoodiens, la leçon est shakespearienne et le désespoir, sublime. Kinski, lui non plus, ne manque pas d'envergure..."
David Leconte

"Sorti en France en 1975, Aguirre est un chef-d'oeuvre dont seul le grand écran peut donner la pleine dimension. Dès la scène d'ouverture - la procession des conquérants, minuscules silhouettes sur les flancs d'une montagne gigantesque surgissanr des brumes -, Herzog donne aux paysages une place écrasante. Dans ce décor grandiose, il arbitre non sans cruauté le combat inégal entre les hommes et la nature. De naufrages en attaques d'Indiens, Aguirre a toutes les apparences d'un film d'aventures. Mais il est bien plus que cela : une épopée anxiogène et terrible, une charge puissante contre la furie d'un monde gangréné par la soif de possession et le dangereux rève de pureté qui en découle. Dans la dernière scène, vision de cauchemar au souffle tragique, Aguirre, les yeux exorbités, le corps défait, erre parmi les singes et les cadavres. Pathétique souverain régnant sur "un radeau de la méduse", il est possédé, corps et âme habité par "la colère de Dieu".
Télérama (3052)  Mathilde Blottière

"Et puis, que dire de l'interprétation hallucinée de Klaus Kinski? Qu'il soit calme ou enragé, on sent à chaque seconde la folie qui le ronge au point de contaminer l'intégralité du métrage. Sa gestuelle si particulière, ses relations troubles avec sa fille et ses brusques accès de rage subliment totalement un personnage qui lui collera à la peau jusqu'à la fin de son inégale carrière. A la fois fiévreux, lancinant et à la lisière du fantastique, Aguirre, la colère de Dieu est un film en état de grâce, comme il en existe fort peu. Une expérience inoubliable.
Cinema.fluctuat.net  Virgile Dumez

"Plus qu'un film polémique sur l'idée de Dieu et de religion, que le titre pourrait laisser supposer, Aguirre est donc un magnifique et sublime conte sur la folie des hommes. Une longue descente aux enfers. Une parabole sur l'homme civilisé (donc "fou") et son rapport au "sauvage". Il nous présente une nature toute aussi vengeresse qu'une statue de Commandeur, qui finira par le détruire... La Civilisation occidentale, agressive et volontariste, trouve ses limites. En se heurtant à une entité incompréhensible, un état d'avant la Civilisation, et d'avant l'Histoire ... un état d'avant la Conscience ... cette culture dévoyée s'autodétruit, s'évanouit. C'est ce que le film nous montre. Et c'est par un long et Dantesque plan-séquence circulaire que se termine le film. L'Homme est "cerné".
Renaissance-France.org  Rémi Moret

"La confrontation est tragique et brutale, entre la vanité de Aguirre et la toute puissance de la nature, mais elle se fait ici toujours au bénéfice du cinéma. La scène finale restera dans les mémoires. Des dizaines de petits singes envahissent le radeau comme de la vermine : la nature se moque de la vanité des petits hommes. Mais Aguirre, s'emparant de l'une des bestioles comme Hamlet se serait emparé de son crâne, continue de prendre tout l'univers à témoin : "Je suis la colère de Dieu. Qui est avec moi?" ... Seul un acteur aussi vaniteux et génial que Klaus Kinski pouvait mourir avec autant de style."
Iletaitunefoislecinema.com