"Sorti en France en 1975,
Aguirre
est un chef-d'oeuvre dont seul le grand écran peut donner la
pleine dimension. Dès la scène d'ouverture - la
procession des conquérants, minuscules silhouettes sur les
flancs d'une montagne gigantesque surgissanr des brumes -, Herzog donne
aux paysages une place écrasante. Dans ce décor
grandiose, il arbitre non sans cruauté le combat inégal
entre les hommes et la nature. De naufrages en attaques d'Indiens,
Aguirre
a toutes les apparences d'un film d'aventures. Mais il est bien plus
que cela : une épopée anxiogène et terrible, une
charge puissante contre la furie d'un monde gangréné par
la soif de possession et le dangereux rève de pureté qui
en découle. Dans la dernière scène, vision de
cauchemar au souffle tragique, Aguirre, les yeux exorbités, le
corps défait, erre parmi les singes et les cadavres.
Pathétique souverain régnant sur "
un radeau de la méduse", il est possédé, corps et âme habité par "
la colère de Dieu".
Télérama (3052) Mathilde Blottière
"Et puis, que dire de
l'interprétation hallucinée de Klaus Kinski? Qu'il soit
calme ou enragé, on sent à chaque seconde la folie qui le
ronge au point de contaminer l'intégralité du
métrage. Sa gestuelle si particulière, ses relations
troubles avec sa fille et ses brusques accès de rage subliment
totalement un personnage qui lui collera à la peau
jusqu'à la fin de son inégale carrière. A la fois
fiévreux, lancinant et à la lisière du
fantastique,
Aguirre, la colère de Dieu est un film en état de grâce, comme il en existe fort peu. Une expérience inoubliable.
Cinema.fluctuat.net Virgile Dumez
"Plus qu'un film polémique sur l'idée de Dieu et de religion, que le titre pourrait laisser supposer,
Aguirre est
donc un magnifique et sublime conte sur la folie des hommes. Une longue
descente aux enfers. Une parabole sur l'homme civilisé (donc
"fou") et son rapport au "sauvage". Il nous présente une nature
toute aussi vengeresse qu'une statue de Commandeur, qui finira par le
détruire... La Civilisation occidentale, agressive et
volontariste, trouve ses limites. En se heurtant à une
entité incompréhensible, un état d'avant la
Civilisation, et d'avant l'Histoire ... un état d'avant la
Conscience ... cette culture dévoyée
s'autodétruit, s'évanouit. C'est ce que le film nous
montre. Et c'est par un long et Dantesque plan-séquence
circulaire que se termine le film. L'Homme est "cerné".
Renaissance-France.org Rémi Moret
"La confrontation est tragique et
brutale, entre la vanité de Aguirre et la toute puissance de la
nature, mais elle se fait ici toujours au bénéfice du
cinéma. La scène finale restera dans les mémoires.
Des dizaines de petits singes envahissent le radeau comme de la vermine
: la nature se moque de la vanité des petits hommes. Mais
Aguirre, s'emparant de l'une des bestioles comme Hamlet se serait
emparé de son crâne, continue de prendre tout l'univers
à témoin : "Je suis la colère de Dieu. Qui est
avec moi?" ... Seul un acteur aussi vaniteux et génial que Klaus
Kinski pouvait mourir avec autant de style."
Iletaitunefoislecinema.com